Deux ans après son lancement, le premier drive zéro déchet de France va se développer dans tout le pays

ENTRETIEN - Le Drive Tout Nu connaît un succès grandissant. Nous sommes revenus avec Salomé sur l'incroyable histoire de ce concept écolo qui a démocratisé le zéro déchet.

En mars 2019, nous vous faisions découvrir un concept unique : le premier drive zéro déchet de France. Inauguré fin 2018 à Toulouse, le Drive Tout Nu est aujourd'hui une référence dans tout le pays.

Salomé et Pierre Géraud, à l'origine du projet, ont ensuite ouvert un deuxième magasin et s'apprêtent à en ouvrir un troisième. Une success story qui prouve qu'il est possible de faire cohabiter entreprise avec mission écologique et environnementale. Leurs magasins qui proposent des produits locaux sans emballage devraient bientôt se développer partout en France.

Pour revenir sur leur parcours, le zéro déchet en temps de Covid et la création d'une franchise, nous avons échangé avec Salomé Géraud par téléphone.

18h39 : Vous avez lancé le Drive Tout Nu fin 2018, le premier drive zéro déchet de France. Après deux ans, quel bilan tirez-vous de cette aventure ?

Salomé Géraud : C'est une super belle aventure, ça fonctionne très bien. C'est génial que les clients soient au rendez-vous, c'est une révolution des modes de consommation. On vient d'ouvrir le deuxième établissement à Toulouse, on va en ouvrir un troisième, et on a toujours autant de clients. D'un point de vue humain, c'est une preuve par l'exemple qu'on peut s'investir dans un domaine de l'Economie Sociale et Solidaire pour la résolution d'un problème social ou environnemental. Ça fonctionne et ça crée de l'emploi. Aujourd'hui on est 17 dans l'équipe, d'ici un mois on sera 21. Pour les producteurs aussi, ça montre que ça fait sens de consommer en circuit court. C'est un cercle vertueux.

Quand vous vous êtes lancés fin 2018, les boutiques zéro déchet accueillaient une clientèle de niche, déjà très informée et sensibilisée. Comment expliquez-vous votre succès grand public ?

Effectivement, on avait identifié que le zéro déchet s'adressait à des gens très militants. Il y avait un vrai problème d'accessibilité. Si tu es militant, tu vas te trimballer en centre-ville avec tes bocaux et tes trois gosses sous le bras. Mais sinon, tu vas le faire deux, trois fois, grâce aux bonnes résolutions de janvier, puis basta, tu vas retourner dans la grande distribution parce que c'est simple. La grande distribution, tout le monde critique, pourtant tout le monde y va ! L'intérêt, c'est la simplicité, il y a tout au même endroit, c'est pratique. Notre succès vient du fait que c'est simple. On a essayé d'associer la facilité d'usage et la consommation zéro déchet et responsable. On attire au-delà des militants convaincus car c'est aussi simple que d'aller ailleurs.

Qu'est-ce qui motive les clients qui viennent chez vous ?

La porte d'entrée c'est souvent le zéro déchet. Ils viennent car ils veulent réduire leur empreinte environnementale et ils ont conscience du problème du plastique pour la santé. Notamment pour les femmes dans le cadre de la maternité qui se demandent ce qu'elles mettent dans leur corps, ce qu'elles mangent. Après, les gens viennent pour le zéro déchet mais ils restent pour les produits !

Ils sont sensibles à la transparence que l'on a sur nos critères de sélection, ils nous font confiance. On le voit sur le côté maraîchage. Quand les gens vont faire les courses dans les drives de la grande distribution, ils vont faire les courses pénibles : le PQ, le lait, la lessive, les trucs lourds. Mais par contre, pour les courses plaisirs, les légumes, ils vont au marché. Alors que chez nous ça constitue une immense majorité de nos ventes.

Après une année 2020 marquée par l'épidémie du Covid, qui a remis sur le devant de la scène le plastique à usage unique dont on a vanté l'hygiène, comment avez-vous géré cela au Drive Tout Nu ?

Il a été absolument prouvé que le fait de mettre du plastique autour n'empêche pas la contamination. C'est une chose qu'on nous a vendue mais qui était absolument ridicule comme argument. Ce qui s'est passé, c'est que le confinement a fait exploser les ventes dans notre magasin car les gens se sont rués vers les drives, ils voulaient de la consommation sans contact.

Du fait de manipuler du vrac et du zéro déchet, on est soumis à des règles d'hygiène qui sont très strictes pour le remplissage et la consigne. On a continué de faire attention et on a rajouté les nouvelles règles sanitaires.

La grande nouvelle c'est que vous allez lancer une franchise. Est-ce que vous pouvez m'en dire un peu plus ? L'idée c'est de développer le concept du Drive Tout Nu partout en France ?

Absolument. On a eu pas mal de visibilité et ça fait que le concept a été connu dans toute la France. On est aujourd'hui à 1500 demandes de porteurs de projets qui veulent répliquer le Drive Tout Nu ailleurs en France. On trouve que c'est une formidable opportunité d'aller plus vite, d'avoir plus d'impact et de donner accès aux consommateurs à ce service zéro déchet.

On a eu envie de lancer ce chantier en 2020 en parallèle de l'ouverture des nouveaux magasins. On va faire une franchise un peu particulière car on est labellisés “Entreprise Solidaire d'Utilité Sociale” (ESUS). C'est hyper important d'avoir une franchise qui s'appuie sur l'intelligence collective du réseau, avec une logique qui n'est pas seulement verticale. Là on est en train de signer nos premiers contrats, on va annoncer dans pas longtemps où seront nos prochaines ouvertures. L'idée c'est d'en ouvrir trois en 2021 et six l'année d'après.

Si on a pas de Drive Tout Nu, à proximité de chez soi, que conseillez-vous à quelqu'un qui souhaite consommer zéro déchet et plus local, pour y parvenir ?

Il y a d'autres établissements qui essaient de faire les choses bien. On peut aller consommer directement chez les producteurs quand on le peut. Mais on peut s'appuyer sur d'autres réseaux qui, dans les valeurs, sont voisins des nôtres comme la Ruche qui dit Oui, les AMAPs, les épiceries zéro déchet. Il faut faire attention à la provenance et à l'origine des produits, consommer en circuit court.

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