Comment j'ai adopté un ficus elastica à la Société Protectrice des Végétaux

SOS - À Lyon, la S.P.V recueille les plantes qui vont finir à la poubelle, les soigne et les vend à moitié prix aux futurs parents adoptifs.

Des immeubles ultra modernes, un chantier à chaque coin de rue, c'est au milieu d'un quartier lyonnais en pleine transformation que se trouve la Société Protectrice des Végétaux ou S.P.V. Intrigué par le concept que j'ai découvert sur Internet, je profite d'un passage dans la capitale des Gaules pour y faire un tour. Car le projet est intriguant : un lieu qui recueille les plantes dont on souhaite se séparer, les entretiens puis les revend à un prix défiant toute concurrence.

La S.P.V se trouve dans les jardins d'une ancienne halle industrielle, la halle Girondins. En arrivant, je découvre un petit terrain qui regorge de plantes et fleurs en tout genre, ainsi qu'une petite serre. À l'entrée, quelques transats sur lesquels on peut lire “les végétaux parlent, apprenez à les écouter”.

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Agir contre le gaspillage et la maltraitance végétale

Car la ressemblance entre la Société Protectrice des Végétaux et la Société Protectrice des Animaux n'est pas seulement un jeu de mot. Parmi les missions de la structure lyonnaise, il y a celle de faire reconnaître les végétaux comme des êtres vivants et “agir contre le gaspillage et la maltraitance végétale”, précise une pancarte.

Derrière cette philosophie écolo, il y a Nicolas Talliu, “paysagiste et architecte du paysage qui s'est lancé dans l'aventure en janvier 2021. L'idée lui est venue après avoir constaté que les personnes qui font l'acquisition de plantes sont souvent mal conseillées. Conséquence : les végétaux ne font pas long feu alors qu'ils ont nécessité de nombreux trajets pour parvenir jusqu'à eux. “Les gens pensent qu'ils font un geste écolo en achetant des plantes alors qu'elles ont souvent fait plusieurs voyages avant d'arriver en magasin”, précise-t-il.

La veille de mon arrivée, le jeune homme a récupéré un nombre impressionnant de végétaux auprès de particuliers ainsi que des grossistes qui souhaitaient renouveler leurs stocks. D'habitude ces derniers jettent les plantes dont ils ne veulent plus, heureusement pour éviter ce gaspillage, Nicolas intervient. “J'ai rempli quatre fois mon camion hier, c'est exceptionnel”, s'exclame-t-il.

De plus en plus de pépiniéristes, fleuristes et grossistes font appel à lui depuis que son projet a fait le tour des médias. Bien que Nicolas leur rende un service, il leur rachète systématiquement les stocks dont ils souhaitent se débarrasser. Peu importe, cet amoureux des plantes préfère débourser de l'argent plutôt que de voir plantes et fleurs finir à la poubelle.

Du côté des particuliers, il n'y a pas de profils types. Parfois c'est une personne âgée qui doit se séparer de ses plantes avant de partir en maison de retraite ou une autre dont la plante devient trop grande pour son salon. Lors de la grosse opération de la veille, Nicolas a débarrassé un homme qui se séparait de ses plantes dans le but de créer un musée de la carte postale dans la pièce où elles étaient entreposées. Et pourquoi pas ?

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1500 plantes par semaine et des conseils sur-mesure

Bien décidé à secourir une plante qui a été sauvée de la benne ordure, je me promène entre les allées de la S.P.V. À l'extérieur les hibiscus, les chlorophytums côtoient les pentas ainsi que les plantes aromatiques, fraisiers ou encore tomates. Dans la serre, les plantes d'intérieur : cactus, monstera, calathea et autres pileas.

Alors que j'essaie de faire mon choix, je rencontre Catherine* (le prénom a été modifié) qui vient chercher conseil auprès de Nicolas pour végétaliser le patio de la maison dont elle vient de faire l'acquisition. “Je suis fan de la SPA pour les animaux, alors j'ai trouvé l'idée intéressante”, m'explique-t-elle. La Lyonnaise est à la recherche de plantes adaptées à cet espace.

Elle précise : “Je voudrais des plantes qui gardent leurs feuilles en hiver pour que le patio ne soit pas complètement nu.” Nicolas lui présente les différentes espèces qu'il a en tête, seulement Catherine n'en a pas besoin pour tout de suite, elle doit attendre le mois d'octobre. “Je récupère 1500 plantes par semaine, je fais entrer énormément de choses”, lui répond Nicolas. Traduction : contrairement à un magasin classique, impossible de savoir à l'avance à quoi ressemblera l'offre d'ici une semaine.

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N'ayant pas de terrasse, ni jardin, ni balcon (je vis à Paris), mon choix se porte sur une plante d'intérieur. Parmi les rescapées abritées sous la serre, je choisis un ficus elastica ou arbre à caoutchouc. Nicolas m'apprend que cette plante n'a pas besoin de lumière directe et peut vivre avec peu de lumière. Surprise : le prix. Alors que ces plantes se vendent entre 15 et 20 euros dans le commerce, la S.P.V la vend moitié moins cher, 7,5 euros. Une aubaine !

Mais que faire si je veux à mon tour, éviter de tuer cette petite plante, lors de mes vacances notamment ? Nicolas recommande : “les plantes meurent car les gens les noient et ferment les volets lorsqu'ils s'absentent.” À l'inverse, le paysagiste rappelle qu'il est préférable qu'elles souffrent de la sécheresse. Et d'ajouter : “Au retour, on la taille et on reprend un cycle d'arrosage normal.”

Je repars avec ma plante sous le bras, bien décidé à en prendre soin et lui jurant que jamais je ne l'abandonnerai.

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