Cette ferme urbaine produit du fromage bio en plein quartiers Nord de Marseille

AGRICULTURE URBAINE- On a découvert une grande ferme en plein Marseille, qui produit des fromages de chèvres et de brebis, au pieds des cités, à la Tour des Pins.

Une ferme urbaine nichée dans les quartiers Nord de Marseille... ça surprend quand même !  C'est ce que l'on se dit lorsqu'on pénètre dans cette ferme de 12 hectares. Originaire des Alpes, Marie Maurage est une femme de tête aux cheveux courts blond platine et au caractère bien trempé : “Je suis un vrai robot multifonction !” s'amuse-t-elle, l'oeil malicieux. Et on la croit !

La silhouette frêle mais énergique de la fermière passe de la fromagerie à l'étable, puis signe à la va-vite une convention de stage, fait goûter un morceau de fromage à une enfant venue en visite… Et en même temps, répond à nos questions !

© Laura Girsault

“Je veux donner une chance aux apprentis agriculteurs”

Force est de constater qu'il est atypique d'avoir une grande ferme en plein milieu de la ville, dans le 14e arrondissement de Marseille. “Les gens sont estomaqués quand ils arrivent à la ferme, mais ils sont aussi émerveillés. Ils pensent en général que ça ne peut pas exister.”

Pour eux, comme ils le décrivent, la ferme est une véritable bouffée d'air frais. Ils relâchent la pression et se recentrent sur la nature, “ici, on n'est pas agressés par le bruit des voitures incessant ou par la pression de la ville”, ajoute Marie. On confirme !

Toute l'année, des jeunes garçons et des jeunes filles viennent ici faire un stage d'agriculture, qui leur permet de participer à toutes les tâches de la ferme (soin des animaux, vente, livraison, etc.). Marie souhaite qu'ils apprennent à connaître les animaux, qu'ils sachent s'en occuper sans en avoir peur : “il y a beaucoup d'agressivité dans ces quartiers, ce qui peut malheureusement engendrer de la méfiance”, nous apprend cette productrice téméraire. Son idée pour changer ça ? Rapprocher la campagne de la ville.

Passé le portail de l'entrée de la ferme, on passe par la maison de Marie avant de découvrir un grand champ de verdure, où se prélassent biquettes, vaches, cochons et lapins. La petite fromagerie, dont les effluves de chèvre frais nous font palpiter les narines, est en perpétuel mouvement, tout comme Marie elle-même : “Il y a toujours du monde, j'adore cette notion de partage, faire découvrir de nouvelles saveurs aux enfants.

Propriété de la mairie de Marseille, la ferme est aussi pédagogique : Marie reçoit des enfants issus d'écoles des quartiers voisins presque tous les jours en période scolaire. Elle laisse le soin à son animatrice Johanne de montrer la ferme aux enfants, qui nourrissent les animaux, en leur donnant du foin et des graines. Tout ça dans une joyeuse effervescence.

© Laura Girsault

L'agriculture, un métier d'exigence, de passion et de création

Marie fait ce métier depuis plus de 25 ans, mais n'est pas issue du monde agricole. Cette ancienne étudiante en lettres modernes insiste sur un point crucial : c'est un métier éreintant physiquement qui nécessite un investissement absolu.

“ Je me lève à 6 heures tous les matins, dimanche compris. Tous les jours, sans exception, il faut traire les animaux, faire du fromage, s'occuper des ventes et des livraisons. Je m'occupe également seule de toute la gestion de la ferme. Si on n'est pas passionné, ce métier est absolument infaisable.”

Marie gère son entreprise d'une main de fer, avec amour et créativité. Pour elle, la qualité est primordiale : elle livre ses fromages de chèvre et de brebis dans les Biocoops et les épiceries, et tient à l'excellence de ses produits. Elle considère que dans le métier d'agriculteur, on passe après son travail : “il faut sacrifier beaucoup de son temps et de sa personne, car la ferme ne peut pas être mise sur pause.”

Alors, vraiment incongru, une ferme en pleine ville ? "Vous savez, Marseille, c'était comme ça avant, les fermes ont toujours existé. Ce sont les quartiers qui se sont construits autour, et la ville a malheureusement mangé la campagne… mais pas complètement, et surtout pas ici !” conclut Marie.

© Laura Girsault

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