Ces passionnés de Préhistoire veulent vivre en autonomie dans la forêt en Ariège

MASOS DU MESOLITHIQUE - Robin et Pauline veulent retrouver une vie sauvage de chasseurs cueilleurs et mettre à l'honneur les savoir-faire ancestraux dans l'Ariège.

"Pendant que vous m'appelez, je suis justement en train de tanner, et je porte un casque". Si on avait un doute sur l'authenticité et l'engagement de la démarche de Robin, 30 ans, celui-ci est vite balayé. Lui et sa compagne Pauline ne font pas semblant : ils vivent leur passion pour le mode de vie chasseurs-cueilleurs de façon pleine et entière. Chaque jour, le couple pratique donc des artisanats ancestraux dans la nature ou dans une yourte : tannage, vannerie, poterie, taille de silex...

C'est à Thouars, dans les Deux-Sèvres, que Robin et Pauline se sont installés, sur le terrain d'un autre couple passionné de Préhistoire, rencontré lors d'un rassemblement spécialisé en Allemagne. Ici, on aime les savoir-faire dits ancestraux, ceux hérités du Mésolithique (le mode de vie chasseurs-cueilleurs, pour schématiser) et du Néolithique qui lui succède (invention de l'agriculture, de la pierre polie et de la poterie notamment), mais on
ne vit pas non plus totalement comme à la Préhistoire.

Pragmatiques, les deux couples ne veulent pas vivre hors réseau, ils sont connectés à l'électricité, à l'eau courante et à Internet (en bas débit !), vont même au marché et au supermarché pour acheter des produits qu'ils ne peuvent produire eux-mêmes. "Le but n'est pas d'être autonomes à 100%, confie Robin. Nous voulons surtout nous débrouiller seuls au maximum dans la nature. Mais le confort technologique, un briquet, une lampe torche, c'est bien aussi ! Il faut bien commencer quelque part avant de partir dans la forêt et de tout faire soi-même."

En pleine cueillette © Marianne Liégeois
Une poterie imposante réalisée par Pauline © Robin Brèthes
© Mathieu Clavel

"C'est triste de devenir décroissant à contrecoeur"

Originaire de Gironde, Robin a grandi en zone périurbaine de Bordeaux, dans un village constitué presque entièrement de forêt. Alors la nature, il connaît. "J'ai toujours aimé aller dans la forêt, ensuite ça s'est fait progressivement. J'ai voulu savoir comment me débrouiller, comment fonctionne la botanique, et petit à petit on s'intéresse logiquement au Néolithique et au Mésolithique." A l'époque déjà, cet intérêt pour la Préhistoire prenait pour lui un tour écologiste. "Quand j'étais petit, on se moquait des écolos ! Aujourd'hui, ça a bien changé".

Pourtant, c'est d'abord la passion qui a motivé Robin, et pas la crainte d'un effondrement imminent. "Toutes les civilisations de l'histoire se sont effondrées, je ne sais pas quand la nôtre se terminera, peut-être dans 5 ans, peut-être dans 200 ans, je crois que ça peut durer encore longtemps... C'est triste de devenir décroissant à contrecoeur, moi je fais ça par passion pour la nature, pour les artisanats anciens. J'aime bien bousculer les clichés aussi, les hommes préhistoriques n'étaient pas écolos !"

Des études récentes démontrent en effet que l'homme du Néolithique exploitait déjà la nature et avait un impact important sur son environnement. Robin, qui souhaite apprendre à chasser à l'arc très bientôt, en est bien conscient : "On ne veut pas sanctuariser la nature comme certains veulent le faire pour la sauver, on veut vivre à l'intérieur ! C'est un peu une défaite d'imaginer que la nature ne peut survivre que sans l'homme. Alors oui, tout le monde ne peut pas et ne devrait pas vivre comme nous, mais on compte sur le fait que ça ne concerne qu'un tout petit nombre de gens."

© Mathieu Clavel
© Marianne Liégeois
© Marianne Liégeois

Des archéologues font appel à eux pour des expériences

Pour chasser à l'arc, il faudra déménager : les Deux-Sèvres sont trop habités, notamment par des agriculteurs, pour qu'une telle chasse puisse être pratiquée. Direction l'Ariège dans quelques jours donc, où le couple veut construire une hutte, mais aussi créer une zone d'exposition à ciel ouvert, capable d'accueillir des stages d'artisanat et de survie. "On veut fabriquer un endroit vivant, qui soit capable d'inspirer les gens, notre association s'appelle bien Inspiration sauvage !"

Il faut dire que Pauline et Robin ont tant accumulé de pratique et de connaissances qu'ils se professionnalisent. Des musées font appel à leurs reproductions et leur donnent la parole, des archéologues leur confient des expériences en conditions réelles afin d'approfondir leur science de ces techniques ancestrales, encore parcellaires. "C'est une fierté, de voir qu'on est pris au sérieux par des chercheurs", confie Robin, que nous quittons en rêvassant : les chasseurs-cueilleurs travaillaient entre 3 et 4h par jour pour assurer leur subistance, est-ce qu'ils n'avaient pas tout compris finalement ?

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