Ces architectes ont trouvé la solution pour construire des maisons avec du bois infesté (au lieu de le brûler)

CONSTRUCTION ÉCOLO - Le bois infesté par l'agrile du frêne est trop déformé pour être découpé en planches. À moins d'utiliser la technique de Leslie Lok et Sasa Zivkovic.

L'agrile du frêne est un coléoptère aux jolis reflets verts et dorés, plutôt sympa en apparence. Mais depuis une vingtaine d'années, il fait de grands dégâts en Russie et en Amérique du Nord, où il dévore les frênes. Dans l'État de New York, un sur dix est infesté.

Tout ces arbres sont inutilisables pour l'industrie du bois, impossible d'en faire des planches standardisées. Ils sont donc brûlés pour produire de l'énergie ou sont coupés par les industriels et pourrissent sur place. Dans les deux cas, le dioxyde de carbone stocké par les arbres pendant leur croissance est relâché dans l'atmosphère et contribue au réchauffement climatique.

Deux architectes, Leslie Lok et Sasa Zivkovic, du cabinet HANNAH, ont trouvé une solution pour éviter ce gaspillage. Ils sont parvenus à construire cette cabane en bois infesté, dans la campagne de l'État de New York. La déformation du bois est même devenue un atout dans leur projet.

"Ashen Cabin" par le studio Hannah © Andy Chen

Une maison biscornue, mais dans laquelle tout est calculé

Le bois déformé par l'agrile du frêne ne peut pas être découpé dans les scieries classiques. Leslie Lok et Sasa Zivkovic ont eu l'idée d'utiliser un bras robotisé, qui servait auparavant dans l'industrie automobile. Comme on le voit dans la vidéo ci-dessous, ils ont programmé ce robot pour qu'il adapte ses découpes aux irrégularités de chaque pièce de bois.

Ashen Cabin by HANNAH from HANNAH Office on Vimeo.

Aucune des planches obtenues, destinées au bardage de la cabane n'est identique à une autre. Les architectes ont su utiliser leurs épaisseurs différentes pour dessiner une maisonnette atypique, dans laquelle rien n'est droit. Les courbes mettent en valeur une fenêtre, la porte d'entrée ou encore le point de fuite du toit.

© Andy Chen

Leslie Lok et Sasa Zivkovic ont eu recours à un autre outil numérique : une imprimante 3D. Celle-ci a servi à édifier la structure de la maison, en superposant les couches de béton.

Les blocs de béton imprimés en atelier... © Reuben Chen
... avant d'être assemblés sur le site. © Andy Chen

L'occasion de mettre en évidence deux avantages de l'impression numérique dans le domaine de la construction. D'abord, la possibilité de dessiner n'importe quelle forme. En témoignent la cheminée biscornue et les motifs sur le sol. Ensuite, l'économie de matériau : une quantité minimale de béton a été utilisée ici, sans avoir besoin de construire des moules.

Cette cabane n'a pas l'électricité ni l'eau courante. Elle est faite pour se ressourcer dans la nature, en totale déconnexion. Paradoxalement, elle démontre aussi qu'une technologie de pointe peut éviter de gaspiller une ressource précieuse, à condition de faire preuve de créativité.

© Andy Chen

L'agrile du frêne n'est pas encore présent en France, mais cet insecte ravageur progresse chaque année depuis la Russie. Espérons que si nous mettons en pratique cette technique de construction sur bois biscornu, ce ne soit pas par nécessité, mais bien pour le plaisir d'habiter une maison aussi charmante !

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