ÉNERGIE - Alors qu'un Français sur cinq est en situation de précarité énergétique, quelle réalité se cache derrière ce terme que l'on voit partout ?

C'est un chiffre que l'on a beaucoup entendu cet hiver : 1 Français sur 5, soit 12 millions de personnes, est en situation de précarité énergétique, selon l'Observatoire national de la précarité énergétique. Un chiffre en perpétuelle augmentation et qui cache des situations diversifiées. Ainsi, de nombreux ménages se retrouvent dans cette situation sans même en avoir conscience. 

En effet, la définition officielle de la loi du 12 juillet 2010 peut être compliquée à saisir : la précarité énergétique concerne toute personne qui éprouve dans son logement des difficultés particulières à disposer de la fourniture d'énergie nécessaire à la satisfaction de ses besoins élémentaires, en raison de l'inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d'habitat. 

Un état de fait qui peut être plus facile à comprendre si on la vulgarise comme Isolde Devalière, chef de projet précarité énergétique à l'Ademe : “Il s'agit de personnes qui ne peuvent pas se chauffer convenablement en raison d'un logement mal isolé et des revenus trop faibles.”

Une situation de précarité, généralement accentuée par l'utilisation des convecteurs électriques ou de chauffages d'appoints (lorsqu'ils sont utilisés sur une très longue durée), qui font encore grimper les factures.

Le terme est par ailleurs peu employé par les personnes se trouvant dans cette situation. “Dans les faits, cela se traduit par des termes simples, “j'ai froid”, “c'est très humide” ou encore “il y a des pièces que je n'utilise pas l'hiver”, explique Marie-Maud Gérard, coordinatrice de programme énergie habitat et précarité au Geres, une association qui intervient chez les particuliers, exclusivement dans le sud de la France.

Une diversité de profils

Une diversité de termes qui embrasse toute une diversité de profils.

La précarité energétique peut par exemple toucher des personnes âgées en milieu rural, qui ont hérité d'une maison ou qui ont fini de la rembourser il y a longtemps. Avec leur retraite peu élevée, il est difficile pour elles de payer leurs dépenses d'énergie. S'y mêle une sorte de honte d'être dans une telle situation, ce qui les isole encore davantage. Ou encore des familles jeunes, souvent monoparentales, en milieu urbain, en appartement locatif privé peuvent également être concernées”, détaille Éric Lagandré, spécialiste de l'énergie à l'Anah.

Ainsi, vivre dans un logement peu chauffé,  peut freiner les gens à inviter leurs amis. Ce qui fait plonger dans un isolement dont il peut être difficile de sortir sans une aide.

Mais la précarité énergétique peut aussi toucher une partie des classes moyennes, qui peut avoir de nombreux postes de dépenses et qui en privilégie d'autres que le chauffage.

Comme des couples avec des enfants, résidant dans une maison de lotissement, en périphérie de grande ville, qui avec 3 500 € de revenu n'arrivent pas à faire face à toutes les dépenses. Il ne s'agit donc pas que de familles pauvres mais aussi des classes moyennes médianes”, poursuit Éric Lagandré.

Des indicateurs à prendre en compte 

Des situations qui varient également en fonction des indicateurs fixés par l'Observatoire national de la précarité énergétique que l'on retient.

Par exemple, si l'on se concentre sur le taux d'effort énergétique, ce qui signifie que le ménage consacre plus de 15 % de ses dépenses dans le chauffage, “il s'agira davantage de propriétaires occupants des maisons trop grandes en secteur rural”, selon Isolde Devalière de l'Ademe.

Si au contraire on retient la sensation de froid, les personnes majoritairement touchées sont “des locataires qui habitent dans le parc public ou privé, souvent inactifs, et donc avec une durée d'occupation de leur logement importante.”

Face à cette situation, divers comportements peuvent être adoptés, selon Marie-Maud Gérard : 

  • des ménages vont chauffer leur logement pour être dans un confort minimum, mais ils n'ont pas les moyen de payer et vont se retrouver en situation d'impayés,
  • d'autres ménages vont se restreindre pour faire diminuer leur facture d'énergie et donc vivre dans une situation d'inconfort.

Si, à la lecture de cet article, il vous semble vous trouver en précarité énergétique, sachez qu'il existe de nombreuses aides qui permettent de sortir de la précarité énergétique, mises en oeuvre notamment par le programme Habiter mieux de l'Anah, ou des associations qui aident les habitants au niveau local, comme le réseau Eco Habitat en Picardie.